COURS - CBPH TERMINALE ST2S : LES CANCERS
Introduction
Les cancers representent un enjeu majeur de sante publique en France et dans le monde. Ils sont la premiere cause de mortalite chez l'homme et la deuxieme chez la femme. Comprendre leur mecanisme, leurs facteurs de risque et les strategies de lutte est essentiel pour les professions de la sante et du social.
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1. DEFINITION : UN DEREGLEMENT CELLULAIRE
Un cancer est une maladie caracterisee par la proliferation incontrollee et anarchique de cellules anormales, appelees cellules cancereuses. Ces cellules echappent aux mecanismes de regulation de l'organisme (division, differenciation, apoptose ou mort cellulaire programmee).
- Tumeur benigne : Proliferation cellulaire localisee, forme une masse qui reste cohesive et ne s'etend pas a distance. Elle est generalement non dangereuse sauf par effet de compression (exemple : un lipome, tumeur graisseuse).
- Tumeur maligne (cancer) : Proliferation cellulaire capable d'envahir les tissus voisins et de former des metastases (greffes de cellules cancereuses dans d'autres organes, via le sang ou la lymphe).
A retenir : Cancer = Tumeur MALIGNE. La capacite a envahir et a metastaser est le critere fondamental.
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2. L'ONCOGENESE : UN PROCESSUS MULTI-ETAPES
La transformation d'une cellule normale en cellule cancereuse est un processus long, qui peut prendre des annees. Il requiert l'accumulation de plusieurs alterations genetiques.
- ETAPE 1 : L'INITIATION. Une premiere mutation de l'ADN survient dans le genome d'une cellule, souvent sous l'effet d'un agent cancerigene (ex : composants de la fumee de tabac). Cette mutation altere un gene cle mais n'est pas suffisante a elle seule.
- ETAPE 2 : LA PROMOTION. Sous l'effet de facteurs favorisants (promoteurs), la cellule initiee se divise de facon anormale, formant un clone de cellules precancereuses. Les promoteurs ne sont pas forcement mutagenes, mais ils stimulent la proliferation (ex : hormones, alcool).
- ETAPE 3 : LA PROGRESSION. Des mutations supplementaires s'accumulent. Les cellules acquierent des proprietes d'invasion (destruction de la membrane basale) et de dissemination, menant a la formation de metastases.
Schema textuel : Agent cancerigene -> Mutation ADN (INITIATION) -> Facteurs promoteurs -> Proliferation clone anormal (PROMOTION) -> Nouvelles mutations -> Invasion/Metastases (PROGRESSION).
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3. LES GENES IMPLIQUES : ACCELERATEURS ET FREINS CASSEES
L'oncogenese resulte de l'alteration de deux grandes familles de genes qui controlent normalement la division cellulaire.
- Les proto-oncogenes sont des genes normaux qui *favorisent* la division cellulaire lorsqu'ils sont actives au bon moment. S'ils sont mutes ou suractives, ils deviennent des oncogenes et font "tourner le moteur en permanence". Exemple : le gene HER2 dans certains cancers du sein.
- Les genes suppresseurs de tumeurs sont des genes normaux qui *freinent* la division ou induisent l'apoptose en cas de dommage. Leur inactivation leve un frein essentiel.
- Le gene TP53, surnomme "le gardien du genome", est un acteur central. Il arrete le cycle cellulaire en cas de dommage a l'ADN pour permettre la reparation, ou declenche l'apoptose si les dommages sont irreparables. Il est mute dans plus de 50% des cancers tous types confondus.
A retenir : Oncogene = ACCELERATEUR active. Gene suppresseur = FREIN casse. Le cancer necessite souvent l'activation d'oncogenes ET l'inactivation de genes suppresseurs.
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4. LES PRINCIPAUX FACTEURS DE RISQUE : DES CAUSES EN GRANDE PARTIE EVITABLES
Environ 40% des cancers sont attribuables a des facteurs de risque lies au mode de vie et a l'environnement.
- Le tabac : Premiere cause de cancer evitable. Responsible d'environ 68 000 deces par an en France. Il est implique dans les cancers du poumon (85% des cas), de la sphere ORL, de la vessie, du pancreas.
- L'alcool : Deuxieme cause evitable. Responsible d'environ 28 000 nouveaux cas par an (chiffres INCa 2023). Risques pour les cancers des voies aerodigestives, du sein, du colon, du foie.
- Les rayonnements ultraviolets (UV) : Principal facteur de risque des carcinomes et melanomes cutanes.
- Les infections : Certains virus et bacteries sont cancerigenes.
- Papillomavirus humains (HPV) : Responsables de la quasi-totalite des cancers du col de l'uterus, mais aussi de cancers ORL, anaux, vulvaires. La vaccination est une prevention primaire efficace.
- Autres exemples : Helicobacter pylori (estomac), virus des hepatites B et C (foie).
- L'alimentation et l'obesite : Une alimentation desequilibre (trop de viandes rouges/transformees, sel, sucre), le surpoids et l'obesite sont associes a un risque accru (colon, sein apres menopause, endometre, oesophage...).
- Autres : Polluants environnementaux (amiante, particules fines), expositions professionnelles, predispositions genetiques (5 a 10% des cancers).
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5. EPIDEMIOLOGIE EN FRANCE : CHIFFRES CLES (ESTIMATIONS 2023, INCa)
- Incidence (nouveaux cas par an) : Environ 433 000.
- Chez l'homme (54%) : 1er cancer = Prostate (59 800 cas). Suivi du poumon, colorectal.
- Chez la femme (46%) : 1er cancer = Sein (61 000 cas). Suivi colorectal, poumon.
- Mortalite (deces par an) : Environ 157 000.
- Chez l'homme : 1ere cause = Cancer du poumon (23 000 deces).
- Chez la femme : 1ere cause = Cancer du sein (12 000 deces), suivi de tres pres par le poumon.
- Prevalence (personnes vivantes 5 ans apres un diagnostic) : 5 millions de personnes.
- Survie nette a 5 ans (tous cancers confondus) : 57% en moyenne. Elle varie enormement selon la localisation : >90% pour prostate, sein, thyroide ; <20% pour poumon, pancreas, foie.
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6. LE DEPISTAGE ORGANISE : DETECTER POUR MIEUX GUERIR
Le depistage vise a detecter un cancer a un stade precoce, avant l'apparition de symptomes, pour augmenter les chances de guerison et reduire la lourdeur des traitements.
- Cancer du sein (femmes 50-74 ans) : Tous les 2 ans, mammographie avec double lecture.
- Cancer colorectal (hommes et femmes 50-74 ans) : Tous les 2 ans, test immunologique de recherche de sang occulte dans les selles (plus sensible que l'ancien test Hemoccult). En cas de test positif, une coloscopie est proposee.
- Cancer du col de l'uterus (femmes 25-65 ans) :
- 25-29 ans : Frottis cervico-uterin tous les 3 ans (apres 2 frottis normaux a 1 an d'intervalle).
- 30-65 ans : Test de detection du HPV (HPV-HR) tous les 5 ans (méthode plus sensible).
A retenir : Le depistage n'est pas un diagnostic. Un resultat positif necessite des examens complementaires. La participation reste un enjeu (moins de 50% pour le colorectal).
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7. LES TRAITEMENTS : UN ARSENAL THERAPEUTIQUE EN EVOLUTION
La prise en charge est multidisciplinaire (chirurgien, oncologue, radiologue...). Les traitements sont souvent combines.
- La chirurgie : Traitement local visant a retirer la tumeur. Peut etre curative ou palliative.
- La radiotherapie : Utilise des rayonnements pour detruire localement les cellules cancereuses.
- La chimiotherapie : Utilise des medicaments cytotoxiques qui agissent sur les cellules a division rapide (cancereuses mais aussi certaines saines, d'ou les effets secondaires). Administration par voie generale (systemique).
- Les therapies ciblees : Medicaments qui ciblent specifiquement une anomalie moleculaire de la cellule cancereuse (ex : mutation, surexpression d'une proteine). Moins toxiques que la chimio classique. Exemple : trastuzumab (anti-HER2) dans le cancer du sein.
- L'immunotherapie : Revolution recente. Elle vise a stimuler le systeme immunitaire du patient pour qu'il reconnaisse et detruise les cellules cancereuses.
- Inhibiteurs de points de controle immunitaires (ex : anti-PD1/PD-L1) : "Liberent les freins" des lymphocytes T.
- Therapie cellulaire CAR-T : Les lymphocytes T du patient sont prélèves, genetiquement modifies en laboratoire pour exprimer un recepteur (CAR) ciblant une proteine tumorale, puis reinjectes.
- L'hormonotherapie : Utilisee pour les cancers hormono-dependants (sein, prostate) pour bloquer l'action ou la production des hormones stimulant la tumeur.
Conclusion : La lutte contre les cancers repose sur un triptyque : PREVENTION (reduction des facteurs de risque), DEPISTAGE PRECOCE (pour ameliorer le pronostic) et PROGRES THERAPEUTIQUES (traitements de plus en plus personnalises). Les inegalites sociales et territoriales face a la maladie et aux parcours de soins restent un defi majeur pour le systeme de sante et le secteur social.
