Les maladies infectieuses

Bacteries, virus, parasites, epidemies, antibiotiques, vaccination

COURS - CBPH TERMINALE ST2S : LES MALADIES INFECTIEUSES

Introduction

Les maladies infectieuses, causees par des agents pathogenes, restent un enjeu majeur de sante publique malgre les progres. En 2019, elles representaient la 2e cause de mortalite mondiale (OMS). En France, la pandemie de COVID-19 a rappele leur impact avec pres de 170 000 deces attribues (Sante Publique France, donnees cumulees 2020-2024). La comprehension de leur mecanisme est fondamentale pour la prevention et la lutte.

1. LES AGENTS INFECTIEUX : UNE DIVERSITE PATHOGENE

  • Les bacteries (procaryotes) : Cellules sans noyau, pouvant etre benefiques ou pathogenes.
  • *Exemple concret* : *Escherichia coli* (E. coli) est une bacterie commensale de l'intestin, mais certaines souches (comme O157:H7) produisent des toxines responsables de colites hemorragiques graves.
  • *Exemple concret* : Le *Staphylocoque aureus* (doré) est souvent present sur la peau sans effet, mais peut provoquer des infections cutanees (furoncles) ou severes (septicemies), notamment en milieu hospitalier.
  • *Exemple concret* : Le Bacille de Koch (BK), agent de la tuberculose, responsable d'environ 1.3 million de deces dans le monde en 2022 (OMS). En France, environ 4 500 cas sont declares annuellement.
  • Les virus (entites acellulaires) : Particules infectieuses obligatoires, utilisant la machinerie cellulaire de l'hote.
  • *Classification* : Virus a ADN (ex: Herpes, Varicelle) ou a ARN (ex: Grippe, COVID-19, VIH). Les virus a ARN mutent souvent plus vite.
  • *Exemple concret* : Le VIH (Virus de l'Immunodeficience Humaine) cible les lymphocytes T CD4, affaiblissant le systeme immunitaire et conduisant au sida si non traite.
  • *Chiffre* : La grippe saisonniere cause entre 10 000 et 15 000 deces par an en France (majoritairement chez les personnes fragiles).
  • Les parasites : Organismes eucaryotes vivant aux depens d'un hote.
  • *Exemple majeur* : Le paludisme, du au parasite *Plasmodium* transmis par un moustique. Il a cause 619 000 deces dans le monde en 2021 (Rapport OMS 2022), principalement chez les enfants de moins de 5 ans en Afrique.
  • Les champignons (mycoses) : Peuvent etre superficiels (peau, ongles) ou profonds (systemiques).
  • *Exemple courant* : La candidose (le plus souvent *Candida albicans*), infection opportuniste des muqueuses (bouche, vagin) ou severe en cas d'immunodepression.

A RETENIR : La nature de l'agent pathogene (bacterie, virus, parasite, champignon) determine fondamentalement la strategie therapeutique (antibiotique, antiviral, etc.).

2. LES MODES DE TRANSMISSION : LES CHEMINS DE L'INFECTION

  • Aerienne / par gouttelettes : Inhalation de particules emises par la toux, l'echternuement (ex: COVID-19, tuberculose, grippe).
  • Feco-orale : Ingestion d'eau ou d'aliments contamines par des selles (ex: hepatite A, salmonellose, E. coli pathogene).
  • Sexuelle : Contact muqueux lors de rapports sexuels non proteges (ex: VIH, hepatite B, chlamydiae).
  • Vectorielle : Par l'intermediaire d'un animal vecteur (ex: moustique pour le paludisme ou le chikungunya, tique pour la maladie de Lyme).
  • Sanguine : Contact avec du sang contamine (partage de materiel d'injection pour le VIH/VHC, accident d'exposition au sang).
  • Par contact direct : Peau a peau (ex: gale, herpes, staphylocoque) ou indirect (via des surfaces contaminees = fomites).

3. LA CHAINE EPIDEMIOLOGIQUE : UN ENCHAINEMENT NECESSAIRE

Pour qu'une maladie infectieuse se propage, tous les maillons de cette chaine doivent etre presents.

  1. Reservoir : Lieu ou vit et se multiplie l'agent pathogene (ex: humain malade ou porteur sain, animal, environnement comme l'eau pour le cholera).
  2. Porte de sortie : Moyen par lequel l'agent quitte le reservoir (ex: secretions respiratoires, sang, selles).
  3. Mode de transmission : Voir section 2 (aerienne, contact...).
  4. Porte d'entree : Moyen par lequel l'agent penetre dans un nouvel hote (ex: muqueuses respiratoires, tube digestif, peau lesee).
  5. Hote receptif : Personne susceptible d'etre infectee (depend de l'etat immunitaire, de l'age, de la vaccination...).

Schema textuel de la chaine :

RESERVOIR --> PORTE DE SORTIE --> MODE DE TRANSMISSION --> PORTE D'ENTREE --> HOTE RECEPTIF

Intervention de sante publique : Rompre un seul maillon suffit a stopper la transmission (ex: isolement = rompre la transmission, vaccination = rendre l'hote non receptif).

4. LES ANTIBIOTIQUES ET L'ANTIBIORESISTANCE : UN DEFI MONDIAL

  • Mecanismes d'action des antibiotiques (cibles bacteriennes) :
  • Inhibition de la synthese de la paroi : Antibiotiques beta-lactamines (penicillines, cephalosporines). Sans paroi, la bacterie eclate.
  • Inhibition de la synthese proteique : Macrolides (azithromycine), tetracyclines. Ils bloquent les ribosomes bacteriens.
  • Inhibition de la replication de l'ADN : Quinolones (ciprofloxacine). Elles bloquent l'ADN-gyrase, enzyme essentielle.
  • L'antibioresistance (AMR) : Capacite d'une bacterie a resister a l'action d'un antibiotique. C'est un phenomene naturel accelere par la sur/sous-utilisation des antibiotiques.
  • *Chiffre alarmant* : L'antibioresistance cause environ 25 000 deces par an en Europe (donnees ECDC) et pourrait en causer 10 millions par an dans le monde d'ici 2050 (Rapport O'Neill).
  • *Exemple concret* : Le SARM (Staphylocoque Aureus Resistant a la Methicilline) est une bacterie resistante a la plupart des beta-lactamines, compliquant gravement les traitements.
  • *BMR* : Bacteries Multi-Resistantes, une preoccupation majeure en milieu hospitalier.

5. LES ANTIVIRAUX : CIBLER LE VIRUS

Contrairement aux antibiotiques, les antiviraux sont specifiques a un virus ou une famille.

  • Exemple : L'Oseltamivir (Tamiflu) inhibe la neuraminidase du virus de la grippe, limitant sa dissemination dans l'organisme. Efficace s'il est pris tres tot.
  • Exemple majeur : Les antiretroviraux (ARV) contre le VIH. Ils bloquent differentes etapes du cycle viral (entree, transcription inverse, integration, maturation). Un traitement combine (tritherapie) permet de controler la replication virale, de rendre la charge virale indetectable et de prevenir la transmission. C'est une maladie chronique manageable.

6. LA VACCINATION : PREVENTION PRIMAIRE ET IMMUNITE COLLECTIVE

  • Principe : Introduire un antigene (virus/bacterie inactive, attenue, fragment) pour induire une reponse immunitaire memoire sans causer la maladie.
  • Calendrier vaccinal : En France, il est etabli par le Ministere de la Sante. Il definit les vaccins obligatoires (11 pour les nes apres 2018) et recommandes selon l'age.
  • Couverture vaccinale (CV) : Pourcentage de personnes vaccinees dans une population a un age donne. Une CV élèvee est cruciale.
  • Immunite de groupe (ou collective) : Lorsqu'une proportion suffisante de la population est immunisee (par vaccination ou infection anterieure), la chaine de transmission est rompue, protegeant indirectement les personnes non immunisees (nouveau-nes, immunodeprimes). Le seuil varie selon la contagiosite de la maladie (ex: >95% pour la rougeole, environ 70% pour la COVID-19 variant Delta).

7. LES INFECTIONS NOSOCOMIALES (IAS) : UN RISQUE EN MILIEU DE SOINS

  • Definition : Infection contractee dans un etablissement de sante, absente a l'admission.
  • Chiffre cle : On estime a 750 000 le nombre d'infections nosocomiales par an en France (SPF), causant environ 4 000 deces.
  • Causes : Liées aux soins (actes invasifs: sondage, catheter), a la fragilite des patients, a la concentration de germes resistants (BMR) et a des defauts d'hygiene.
  • Prevention : Mesures d'hygiene des mains (solution hydroalcoolique), isolement des patients porteurs de BMR, bon usage des antibiotiques, sterilisation du materiel.

Conclusion

La lutte contre les maladies infectieuses repose sur une approche integree : prevention (vaccination, hygiene), surveillance epidemiologique, traitement adapte (bon usage des antibiotiques, antiviraux) et recherche. L'antibioresistance et l'emergence de nouveaux pathogenes (comme le SARS-CoV-2) rappellent que cet enjeu de sante publique est dynamique et mondial (One Health).