COURS STSS TERMINALE : PREVENTION ET PROMOTION DE LA SANTE
Introduction :
La prevention et la promotion de la sante sont deux concepts centraux des politiques de sante publique. Elles visent a ameliorer l'etat de sante de la population, a reduire l'incidence des maladies et a ameliorer la qualite de vie. En France, les depenses de prevention representent environ 6% des depenses courantes de sante (DREES, 2022), un chiffre relativement faible compare aux depenses de soins.
1. Les quatre niveaux de prevention
- A. Prevention primaire : Agir avant l'apparition de la maladie.
- Objectif : Reduire l'incidence d'une maladie en s'attaquant a ses causes et en renforçant les facteurs de protection.
- Exemples concrets :
- Vaccination (ex : campagne de vaccination HPV contre les cancers du col de l'uterus).
- Education pour la sante en milieu scolaire (nutrition, vie affective).
- Reglementation (interdiction de fumer dans les lieux publics, loi Evin).
- Campagnes de communication (Mois sans tabac, campagne '5 fruits et legumes par jour' du PNNS).
- Chiffre cle : La vaccination eviterait entre 2 et 3 millions de deces par an dans le monde (OMS).
- B. Prevention secondaire : Depister precocement.
- Objectif : Reduire la prevalence d'une maladie en la detectant a un stade precoce, souvent avant l'apparition des symptomes, pour permettre une prise en charge plus efficace et limiter ses consequences.
- Exemples concrets :
- Depistage organise des cancers (sein, colorectal, col de l'uterus). Ex : mammographie gratuite tous les 2 ans pour les femmes 50-74 ans.
- Depistage cible (test VIH, hepatite C, bilan glycemique en cas de surpoids).
- Examens systematiques (bilan de sante de la CPAM, examen de la vue a l'ecole).
- A retenir : Le depistage n'est pas un diagnostic. Un test positif doit etre confirme par des examens complementaires.
- C. Prevention tertiaire : Limiter les complications et les rechutes.
- Objectif : Reduire les incapacites, les complications et prevenir les rechutes chez les personnes deja malades. Elle vise a ameliorer la qualite de vie.
- Exemples concrets :
- Reeducation apres un accident vasculaire cerebral (AVC) ou un infarctus.
- Education therapeutique du patient (ETP) pour les maladies chroniques (diabete, asthme, insuffisance cardiaque).
- Suivi medical regulier et observance des traitements.
- Groupes de parole pour patients (ex : apres un cancer).
- D. Prevention quaternaire : Eviter la surmédicalisation.
- Concept recent (defini par le medecin belge Marc Jamoulle) qui complete le modele classique.
- Objectif : Proteger les patients des consequences negatives d'interventions medicales inutiles ou excessives. Il s'agit d'eviter le surdiagnostic, le surtraitement et la iatrogenie (maladies induites par les soins).
- Exemples concrets :
- Promouvoir des prescriptions raisonnees d'antibiotiques (pour eviter l'antibioresistance).
- Reevaluation systematique de la pertinence de traitements au long cours chez la personne agee.
- Information claire sur les benefices/risques d'un depistage pour un choix eclaire (ex : depistage du cancer de la prostate par PSA).
2. La promotion de la sante : La Charte d'Ottawa (1986)
La promotion de la sante va au-dela de la prevention. Definie par l'OMS lors de la premiere Conference internationale d'Ottawa, elle est le processus qui confere aux populations les moyens d'assurer un plus grand controle sur leur propre sante, et d'ameliorer celle-ci.
Les 5 axes strategiques de la Charte d'Ottawa :
- Elaborer des politiques publiques saines : Mettre la sante a l'agenda des decideurs dans tous les secteurs (ex : politique urbaine favorisant les transports actifs, fiscalite sur les produits sucres).
- Creer des environnements favorables : Modifier les contextes sociaux, economiques et physiques pour les rendre propices a la sante (ex : amenagement d'aires de jeux, de pistes cyclables, lutte contre l'habitat indigne).
- Renforcer l'action communautaire : Favoriser l'autonomie et la participation des communautes a la definition de leurs priorites et actions (ex : ateliers cuisine dans un quartier prioritaire, marelles participatives).
- Acquerir des aptitudes individuelles : Developper les competences psychosociales (estime de soi, gestion du stress, esprit critique) par l'education pour la sante, des l'ecole.
- Reorienter les services de sante : Faire evoluer le systeme de sante d'un modele curatif vers un modele plus preventif et promouvant la sante, avec une plus grande implication des usagers.
3. Education pour la sante vs Education Therapeutique du Patient (ETP)
- Education pour la sante :
- Public : Population generale, groupes specifiques (jeunes, seniors).
- Objectif : Developper des competences et un environnement favorables a la sante. Elle est centree sur la sante.
- Exemple : Campagne 'Manger-Bouger' du PNNS.
- Education Therapeutique du Patient (ETP) :
- Public : Patients atteints de maladie chronique et leur entourage.
- Objectif : Aider le patient a acquerir ou maintenir les competences dont il a besoin pour gerer au mieux sa vie avec une maladie chronique. Elle est centree sur la maladie et son vecu.
- Les 4 etapes de l'ETP (arrete du 2 août 2010) :
- Diagnostic éducatif : Identifier les besoins, les ressources et les difficultes du patient.
- Definition d'un programme personnalise avec des objectifs negocies.
- Mise en oeuvre des seances éducatives (individuelles ou collectives).
- Evaluation des competences acquises et de l'impact sur la qualite de vie.
4. Les acteurs institutionnels et associatifs
- Sante publique France : Agence nationale de sante publique. Elle assure la surveillance epidemiologique, gere les campagnes de prevention nationales (ex : Tabac Info Service), et produit des expertises.
- Les ARS (Agences Regionales de Sante) : Declinent et pilotent la politique de sante dans chaque region. Elles financent et coordonnent les actions de prevention et de promotion de la sante sur leur territoire.
- Les IREPS (Instances Regionales d'Education et de Promotion de la Sante) : Reseaux regionaux qui appuient methodologiquement les porteurs de projets (associations, communes, etablissements scolaires) en education et promotion de la sante.
- Les associations :
- Associations de lutte contre les maladies (Ligue contre le Cancer, Federation Francaise des Diabetiques) : font de la prevention, du soutien aux patients, financent la recherche.
- Associations de prevention ciblee (AIDES pour le VIH/sida, SAFE pour la securite routiere) : actions de terrain, plaidoyer, reduction des risques.
Conclusion :
La prevention et la promotion de la sante constituent un continuum d'actions complementaires, allant de la lutte contre les facteurs de risque a l'autonomisation des individus et des communautes. Leur developpement est un enjeu majeur pour la durability des systemes de sante face a la progression des maladies chroniques. Le Plan National Nutrition Sante (PNNS) ou le Programme National de Reduction du Tabagisme illustrent cette approche integree, combinant regulation, environnement et renforcement des competences individuelles.
